Icares

Recherche en cours depuis 1998

Pascal Mirande frabique des machines volantes en brindilles, ficelle et papier dans l’esprit de celle de Léonard de Vinci et des premiers avions. Les objets sont photographiés « en vol », l’absence de profondeur de champ donnant au paysage l’apparence d’un décor.

Dans les images en noir et blanc, le cadre est inspiré des daguerréotypes, pour théâtraliser l’image et concentrer le regard dans sa fiction. Chaque avion réagit différemment au vent et il faut trouver l’angle le plus opportun pour qu’il semble voler. Pascal Mirande cherche, dans le paysage, un point de vue qui malgré le flou décrit un nouveau voyage et met en évidence un paysage remarquable.
En utilisant un appareil polaroid il peut tricher sur la profondeur de champ. Les teintes particulières et imprévues de ce support et les paysages choisis lui permettent de survoler un monde fantastique dans un décors de marais salant. Il recherche le cadrage qui lui donnera le côté le plus dynamique de l’objet volant et une géographie sans référence d’échelle directe. Les craquelures de la terre donnent à la photographie une ambiance de planète désertique. Les petites algues et le reflet sur l’eau simulent une vue aérienne.

ICARES
Par Isabelle Tessier, responsable de l’artothèque de Vitré.

« D’une façon générale les réalisations photographiques de Pascal Mirande se construisent à travers la mise en place d’un jeu de REprésentation du réel appelant nécessairement à la vigilance. Il fabrique des objets, utilise des formats d’image qui s’inspirent parfois de la photographie du 19e siècle qu’il détourne pour mettre en scène des histoires qu’il aime inventer et raconter. Les images qu’il crée interpellent et emmènent le spectateur dans un espace temps différent de celui qu’il connaît et pourtant si proche dans la réalité.

Le travail de Pascal Mirande se développe suivant deux grands axes de réalisation utilisant le paysage sous deux formes différentes : parfois il est pris comme support parfois il est utilisé comme décor. Dans un cas, le paysage est mis en avant, dans l’autre, c’est la construction qui prime. « Surréalisé » ou déréalisé, l’environnement choisi se révèle non plus tel qu’il est mais tel que le photographe le désire. Aussi, la concrétisation d’une image photographique passe-t-elle très souvent par la mise en place préparatoire de croquis et de dessins qui vont transcrire une image mentale distincte et détaillée. En fait sur douze prises de vues, il y en a une qui est pensée très précisément ; la forme, la matière de l’objet, son environnement, le cadrage sont proches d’une vision alors que les onze autres vont être perçues comme un décalage. D’autres formes, d’autres points de vue et angles de vue vont alors être testés et expérimentés dans une démarche qui sera différente de celle de vouloir constituer une série.

Généralement la photographie est exploitée pour sa capacité à sublimer les choses, à les embellir et à leur donner une présence et un poids plus important que dans la réalité. D’ailleurs comme a pu le prouver Hippolyte Bayard souvent cité par Pascal Mirande, la photographie n’est pas la réalité, elle n’est qu’une interprétation de cette réalité. Savoir comment ses objets évoluent dans les airs, dans la mer ou sur terre, comment ses mises en scène sont réalisées, ne sont donc pas des questions essentielles pour rentrer dans l’univers de Pascal Mirande. Pour lui le mystère n’est pas là. De la même façon qu’au cinéma, l’idée et l’essence même d’un film vont audelà du making of, Icares nous transporte dans une fiction ou l’objet est censé se déplacer et l’image révéler différents degrés de lecture.

Il est important de noter qu’avant d’entamer un travail photographique, Pascal Mirande effectue un travail de recherche. Dans l’élaboration des avions le mythe d’Icare est central, mais l’histoire, la forme, le temps de vol du premier aéroplane conçu par les frères Wright en 1903 font partie de ses recherches. Les dessins de machines volantes de Léonard de Vinci, auteur des premières études scientifiques sur le vol des oiseaux et son imitation mécanique, sont à la base de ses explorations. D’ailleurs l’objet construit et photographié pourrait être une matérialisation d’un des dessins de Léonard de Vinci, source d’inspiration et point de départ pour la fabrication d’Icares.

Il y a donc une multitude d’éléments à prendre en compte pour la réalisation d’une photographie. »